Gaétane resta seule un instant, dans une telle stupeur qu’aucune idée distincte ne se formulait dans sa tête. Ce qu’elle percevait le plus fortement, c’était le décor sur lequel posaient ses yeux, dans une acuité de sensations toute nouvelle: la perspective du jardin d’hiver, avec ses plantes admirables et rares, sa hauteur monumentale, ses fines colonnes encadrant les vitrages, au delà desquels se découvrait le parc somptueux—le contraste de ce luxe aristocratique avec le maître hasardeux, qui pouvait dire encore—mais pour combien de temps?... «Tout ceci est à moi... à moi, le marquis Renaud de Valcor.»
Presque aussitôt, d’ailleurs, il reparut, cet usurpateur qui était déjà un condamné. Gaétane le vit sous ce double aspect, tandis qu’il marchait parmi la verdure, fier et calme dans son infernale volonté. Elle eut l’involontaire impression qu’il valait mieux, non pas que son destin, mais que le mensonge de son destin.
—«Voici vos lettres, madame, avec les quelques lignes que Renaud de Valcor y avait jointes.»
Tout le sang de la pauvre femme reflua vers son cœur quand ses doigts touchèrent ces reliques. Elle redevint l’amoureuse pantelante. Le reste n’exista plus. Elle eut, vers l’imposteur Bertrand Gaël, le regard de gratitude secrète et émue que méritait le galant homme qu’il était à cette minute.
—«Quel dommage!...» soupira-t-il.
Un éclair de ses profonds yeux bleus illumina le sens de cette exclamation.
Gaétane se détourna, partit.
Et lui, suivant de tout l’élan de son âme cette silhouette qui s’éloignait, murmura encore:
—«Quel dommage!...»