—«Ma Sœur, plaignez-moi,» reprit le jeune homme. «Vous êtes vengée. Il n’y a pas de bonheur pour moi en ce monde.

—Regardez cet habit, regardez cette croix,» dit-elle en touchant sa jupe de laine, puis son rosaire. «Et ne parlez pas d’une vengeance dont le désir est si loin de mon cœur.»

Ils se turent tous deux.

Gilbert, cependant, ne se retirait pas. Il semblait avoir besoin de se confier à cette âme si merveilleusement apaisée, adoucie. Mais il jeta un coup d’œil vers M. de Plesguen.

Le vieillard paraissait ne plus rien voir, ne plus rien entendre. Enfoncé dans un engourdissement qui n’était pas le sommeil, mais le ralentissement d’une vitalité d’autant plus épuisée par un récent effort, il perdait jusqu’à la conscience de ce qui l’avait si profondément remué tout à l’heure.

—«Vous pouvez parler,» dit Françoise avec un triste hochement de tête. «Il est déjà loin de nous, mon pauvre père. Ce que nous dirons ne l’agitera plus, hélas!»

Elle s’écarta pourtant du malade, et, désignant un siège à Villingen, s’assit elle-même.

—«Gilbert,» reprit-elle, «je ne vous ai jamais maudit, même avant d’avoir enchaîné mon cœur et dompté mon orgueil. Désormais, je vous bénirai pour le mouvement qui vous a fait vous élancer ici ce matin. Oui, je prierai Dieu qu’il vous rende en multiple joie la suprême satisfaction apportée par vous à mon père mourant.

—Cette satisfaction, ne la partagez-vous pas?» demanda-t-il.

—«Les choses de la terre ne me concernent plus.