Bertrande abandonna tout également lorsqu’elle comprit les scrupules de Gilbert.

Dans ces conditions, un arrangement fut proposé par le Conseil d’administration de la Société fondée par Bertrand Gaël, peu avant sa mort, pour l’exploitation de la Valcorie. Le nouveau président élu de cette Société demanda au prince de Villingen, devenu le mari de Bertrande, d’accepter l’héritage au nom de sa femme, pour l’abandonner au fonds social, et de devenir le directeur des établissements d’Amérique, avec un nombre de parts fixé par la reconnaissance des actionnaires. Sa fierté serait ainsi sauvegardée, sa fortune assurée, et il trouverait une carrière digne de lui, dans un pays neuf, où ne le suivraient pas les préjugés mondains dont il voulait secouer le joug.

Le petit-fils du héros de Villingen ne persista pas à se montrer plus héroïque—moralement—que ne le comportait son hérédité batailleuse et un peu pillarde. Il consentit. Tout de suite même, il voulut partir pour cette Valcorie qui allait devenir, grâce aux millions remontés à leur source, une des plus colossales affaires du monde. Et, naturellement, il emmenait sa jeune femme et son fils.

Une circonstance le retarda. Mathurine Gaël était mourante. Mathurine, qu’aucun changement de fortune n’avait pu arracher au vieux foyer ancestral, et qui demeurait toujours, avec l’Innocente, dans la petite maison de marins, près du Conquet.

—«Laisse-moi lui fermer les yeux,» demanda Bertrande à son mari. «Puis nous prendrons avec nous ma pauvre mère, à qui un changement total de vie et de climat rendra peut-être la raison. Pense donc, Gilbert, comme ce serait doux, si cette pauvre maman reprenait connaissance des choses à l’heure où elle ne verrait plus que du bonheur autour d’elle!

—Fais comme tu voudras, ma chérie,» avait répondu Gilbert.

Et voilà pourquoi, dans la simple chambre, sous le toit qui avait abrité des générations d’humbles marins, près de l’aïeule, si rigidement belle dans la mort, sous la coiffure bretonne qu’elle n’avait jamais quittée, pleurait la jeune comtesse Hervé de Ferneuse, à côté de sa sœur, Bertrande, princesse de Villingen.

Fin de

MADAME DE FERNEUSE

Seconde et dernière Partie de