Aveu
Ami, le sentiment étrange qui nous lie,
Que nous analysons ainsi tranquillement,
Est-il plus que l’amour, n’ayant point sa folie,
Ni son aveuglement?
Nos cœurs, à contempler tout ce qui les divise,
L’avenir, le passé, mille abîmes sans fond,
Perdent l’heure où le temps, qui sans cesse improvise,
Les mêle et les confond.
Nous revenons toujours à ces dures pensées,
Toujours nous nous lassons à ce travail amer;
Conflit stérile et vain des vagues insensées,
Troublant l’immense mer!
L’Océan infini des tendresses profondes,
Entrevu dans nos yeux, pourtant se creuse en nous;
Mais l’orgueil vient sans cesse en irriter les ondes
De son souffle jaloux.
Hélas! qu’avons-nous fait?... Lorsque cette tourmente
En écume livide a changé le flot pur,
S’apaise-t-il jamais dans la douceur charmante
De son premier azur?
Des secrètes douleurs trop puérile image!
L’univers éternel ne nous ressemble pas:
Pouvons-nous, comme lui, lorsqu’a cessé l’orage,
Revenir sur nos pas?
Eh bien, écoute donc, puisque l’heure est si brève,
Puisque dans peu de jours il faut nous séparer,
Ce que mon cœur, cédant au charme de son rêve,
Ose te murmurer: