Ce rêve d’idéal, d’amour et de lumière,
Commençant à la bête et finissant à Dieu,
Nous tient, nous, qui, chétifs, à la forme première
Disons à peine adieu.
Mais tandis qu’autrefois, par une erreur grossière,
Nous placions hors de nous la divine grandeur,
Nous savons aujourd’hui que de notre poussière
Doit surgir sa splendeur.
Nous la portons en nous comme l’infime atome
En germe recélait l’esprit qui resplendit.
Quoi! déjà dans nos seins le sublime fantôme
Se dégage et grandit.
Triomphe, ivresse, espoir où notre orgueil s’abreuve!...
Hélas! qu’il nous soit doux au moins de le penser,
Car la loi qui nous fit, gauche et fragile épreuve,
Va nous recommencer.
Mais peut-être—ô mystère! ô synthèse des choses!
Enfantement brutal, horrible, essentiel,
Dont tout souffre, l’insecte en ses métamorphoses
Et l’astre énorme au ciel.
Peut-être, dans l’immense et finale harmonie,
Rien ne s’étant perdu, nos maux, nos passions,
Feront plus de clarté que la gloire infinie
Des constellations.
Et puisque, élaborant un Dieu, créant un être
Qui réunisse en soi ses milliers d’éléments,
La force unique doit avant tout se connaître
En tous ses changements;
Vous, dont l’œil calme a lu dans les temps et l’espace,
Qui voulez, pressentant cette suprême loi,
Dire à l’humanité qui se hâte et qui passe:
«Attends, regarde-toi.»
Vous êtes en avant de la foule frivole,
Vous avez fait un pas vers l’accomplissement,
Et votre voix tranquille a mis une parole
Dans notre bégaiement.