Non, je n’attendrai point de la trouver déserte
La place où mon ami se reposa souvent,
Et seule, d’écouter dans la forêt inerte
Les longs soupirs du vent.
Voyez, nous sommes deux, nous savons vous comprendre,
Notre aveugle bonheur ne cache point vos cieux,
Votre sereine paix rend notre amour plus tendre
Et plus mystérieux.
Nous revenons à vous toujours, ô solitude!
Votre calme imposant plaît à notre fierté;
Les bois silencieux, dans leur noble attitude,
Ont tant de majesté!
Notre âme, qui remonte aux sources de la vie,
D’un monde étroit et vain fuyant les trahisons,
S’agrandit tout à coup et s’élance ravie
Vers vos purs horizons.
Nos pas en vos chemins errent à l’aventure,
Vos aspects imprévus nous font longtemps rêver,
Et tout autour de nous la tranquille nature
Semble nous approuver.
Qu’il monte donc vers vous l’encens de nos hommages,
Dans nos félicités il doit vous être offert;
Et puissions-nous encor vous bénir, ô bocages!
Quand nous aurons souffert.
Aujourd’hui, l’œil perdu dans vos riants abîmes,
Nous sentons les liens qui nous tiennent unis,
Se serrant doucement au souffle de vos cimes,
Devenir infinis.
Et, songeant que demain les heures envolées,
Blancs spectres, flotteront en ces muets séjours,
Émus, nous voyons naître en vos vertes allées
Les plus beaux de nos jours.