Saisis du vain regret des grands songes antiques,
Parfois nous repeuplons nos Olympes déserts:
Erreur des aïeux morts hantant nos cœurs mystiques!
Le Temps, dernier des dieux, chancelle au sein des airs.

L’atome, obéissant aux forces despotiques,
Dans l’abîme infini n’a point d’âges divers;
L’horloge suspendue aux éternels portiques
Marque une heure immuable à l’immense univers.

Le passé, l’avenir,—inconstantes chimères—
Troublent par leurs aspects des êtres éphémères
Qui naquirent hier et périront demain.

Quel sens auraient ces mots pour la matière sombre,
Qui soumise à jamais aux changements sans nombre,
N’a point eu d’origine et n’aura point de fin?

III
Les Forces

Aux jours obscurs et doux de sa candeur première,
L’homme, en sa gratitude ou ses vagues effrois,
Des astres bienfaisants adorait la lumière,
Et du vaste univers il les proclamait rois.

De ces faux souverains, rigide justicière,
La raison depuis lors a renversé les droits,
Et nous les a montrés, ces amas de poussière,
Signes mystérieux des forces et des lois.

Eux, qui régnaient jadis, tombent sans espérance,
Ils ne sont que la vive et splendide apparence
D’un principe caché toujours en mouvement.