Par son aspect charmant c’est encor notre source,
Mais, changeante toujours en sa rapide course,
Peut-elle être aujourd’hui ce qu’elle fut hier?
Et notre âme, elle aussi, se transforme à tout âge.
Qu’est-ce donc après tout que notre Moi si fier?
Rien qu’un vain souvenir dans une frêle image.
VII
La Mort
La Vie est une mort incessamment active;
Pour exister longtemps il faut périr toujours;
Chaque instant la détruit, la forme fugitive
Dont la beauté si chère enivre nos amours.
La Mort délivre enfin la matière captive,
Lui rouvrant l’univers et ses vastes séjours:
D’une nouvelle vie, intense et moins chétive,
Elle anime nos corps au terme de nos jours.
Vie et Mort: Grands mots creux et mensongers fantômes!
Pleurons-nous aujourd’hui les frémissants atomes
Qui formaient autrefois le sang de notre cœur?
Où sont-ils? Dans l’air pur, dans l’herbe, dans les roses...
Et quand la mort sur nous mettra son doigt vainqueur,
Pourquoi craindrions-nous d’autres métamorphoses?