Nous avons combattu de monstrueuses bêtes,
Nous avons labouré le sol avec nos mains,
Nous avons succombé dans de mornes défaites,
Sans avoir entrevu les brillants lendemains

De l’animalité nous dégageant à peine,
Alors que nous traînons encor sa lourde chaîne,
Pourquoi ce vain regret allant vers le passé?

L’avenir seul est plein de visions sublimes.
Puisqu’un si profond gouffre est enfin traversé,
C’est qu’il n’est plus pour nous d’inaccessibles cimes.

X
Les Sentiments

La France, traversant de tragiques journées,
Vit placer la Raison sur les divins autels;
Pourtant la froide reine, aux foules prosternées,
Ne saurait imposer des décrets immortels.

Son règne achèverait soudain nos destinées;
Contre le sphinx obscur nous cesserions nos duels;
Quittant leurs vains espoirs, nos âmes résignées
Ne s’élanceraient plus vers de merveilleux ciels.

Car nous marchons guidés par un sublime rêve,
Qui, flottant à nos yeux et reculant sans trêve,
Se transforme toujours, mais sans pâlir jamais.

Et les Sentiments seuls, en nous prêtant des armes,
Nous mènent à l’assaut de tous les hauts sommets.
Pour conquérir les cœurs, Jésus versa des larmes.