Puis nous montons avec Dante au ciel des étoiles fixes par la constellation des Gémeaux, d'où le poëte jette un regard sur les sept planètes qu'il vient de parcourir. En voyant la terre si petite, il sourit:

E vidi questo globo
Tal, ch' io sorrisi del suo vil sembiante.

Vous vous rappelez que Dante est né sous cette constellation, propice aux esprits doctes. Il invoque ces astres glorieux; il leur rend grâces, en très-beaux vers, de l'intelligence, quelle qu'elle soit, qu'il a reçue d'eux tout entière,

Oh gloriose stelle, oh lume pregno
Di gran virtù, dal quale io riconosco
Tutto (qual che si sia) il mio ingegno.

Cependant nous approchons du dénoûment. Dante, qui a senti, d'étoile en étoile, se fortifier sa puissance de vision, peut maintenant soutenir l'éclat du sourire de Béatrice. Il la voit en attente d'un grand spectacle. Dans une image d'une grâce infinie, il la peint semblable à l'oiseau qui, posé sur le bord du nid où repose sa douce couvée, regarde fixement et prévient d'un ardent désir le lever du soleil, guettant les premières lueurs de l'aube sous la nocturne feuillée.

Come l'augello, intra l'amate fronde,
Posatu al nido de' suoi dolie nati,
La notte che le cose ei nascoade.

Previene', tempo in su l'aperta frasca.
E con ardente affetto il Sole aspetta.
Fiso guardando, pur che l'alba nasea.

Soudain, les voici tous deux illuminés d'une lumière «à qui rien ne résiste.» Jésus-Christ apparaît, suivi de la vierge Marie et d'un cortège triomphal d'âmes bienheureuses.

Tout ce chant n'est qu'un hymne à l'éternelle beauté. Arrivé presque au terme de sa longue carrière poétique, où tant d'autres auraient senti leur essor se ralentir, Dante, au contraire, a de plus vigoureux coups d'aile, il s'élève plus libre et plus fier vers les suprêmes sommets.

Examiné comme un bachelier par les saints apôtres, par saint Pierre, saint Jacques et saint Jean, sur les trois vertus théologales, la foi, l'espérance et la charité, et ayant répondu en bon chrétien, Dante a pénétré jusqu'au neuvième ciel, où Béatrice lui fait connaître la hiérarchie des neuf chœurs angéliques; de là il s'élève avec elle jusqu'au seuil de l'empyrée. À ce moment, Béatrice se transfigure; elle resplendit d'une telle béatitude que l'œil et l'âme du poëte en sont comme foudroyés. Cette beauté ineffable, dit-il, est au-dessus de toute vision mortelle; il croit même que les anges n'en sauraient supporter toute la splendeur, et que Dieu seul, lui qui l'a créée, en peut jouir entièrement.