ÉLIE.
Eh bien! figurez-vous que, tout à l'heure, en la voyant qui s'avançait lentement, comme une somnambule, sur cette pointe étroite, j'ai pris peur. J'ai couru; la respiration m'a manqué, mes jambes ont fléchi; si j'étais femme, je dirais que j'ai failli me trouver mal… Que voulez-vous! on n'est pas maître de ces choses-là; il me semblait que le pied lui glissait, qu'elle chancelait, qu'elle disparaissait.
VIVIANE.
Quelle folie! Rappelez-vous donc qu'avant-hier, par une mer très-houleuse, vous m'avez conduite jusque-là. Il y a place pour trois personnes de front; pas le moindre danger, même si l'on tombait.
ÉLIE.
Encore une fois, que voulez-vous que je vous dise? c'est le démon du cap Plouha qui fait des siennes. Diotime était si triste depuis hier!… Ce matin même, elle m'avait très-longuement parlé de notre pauvre George. J'étais hanté par les idées les plus noires… Enfin, je n'avais pas le sens commun, et je m'en suis convaincu quand, au moment de ma plus vive angoisse, j'ai vu Diotime s'asseoir aussi tranquillement que possible et s'entretenir avec un petit chercheur de crabes que, dans mon agitation extrême, je n'avais pas aperçu tout d'abord à ses côtés.
VIVIANE.
Vous étiez très-lié avec George, n'est-il pas vrai?
ÉLIE.
Je m'étais beaucoup attaché à lui dans le peu de temps que nous avons passé ensemble; c'était une nature charmante, la mieux douée que j'aie jamais rencontrée, et aussi la plus à plaindre.