Je trouve votre interprétation ingénieuse; mais j'ai besoin d'y réfléchir avant de l'adopter, car, je l'avoue, elle me surprend un peu.

DIOTIME.

Pas plus que pour tout le reste, Élie, je ne vous demande ici d'entrer dans mon sentiment sans le contrôler. Mon désir, c'est que, en nous quittant, vous emportiez de nos entretiens l'envie de relire les deux poëmes, et que, de la comparaison que je vous aurai suggérée, il naisse dans votre esprit quelques clartés nouvelles. Mais où en étais-je restée?

VIVIANE.

Vous ne nous avez parlé encore que du prologue de Faust.

DIOTIME.

La scène s'ouvre, comme dans la Comédie; aux premiers jours du printemps. C'est le moment où, selon la légende, le monde a pris naissance; c'est, pour l'Église chrétienne, le temps sacré de l'incarnation et de la résurrection du Sauveur. C'est, en astrologie, l'heure où brillent les constellations propices. En Allemagne comme en Italie, la douce saison, «la dolce stagione,» se célébrait en des fêtes charmantes.

ÉLIE.

Il n'y a pas longtemps que je lisais dans une lettre de Pétrarque le récit d'une fête du printemps à laquelle il assistait à Cologne. On ne peut rien imaginer de plus poétique. Ce devait être un reste de quelque solennité païenne. De longues processions de femmes, vêtues de blanc et ceintes de guirlandes, descendaient en chantant des cantiques sur les bords du fleuve. Elles lui portaient en offrande des touffes d'herbes symboliques qui, jetées au courant des flots rapides, entraînaient avec elles tous les malheurs de l'année.

MARCEL.