Le portrait de Giotto est là pour te répondre.
ÉLIE.
La fresque de Giotto ne prouve rien, Viviane. Le portrait comme nous l'entendons, la physionomie, la ligne caractéristique, telle que l'a faite, un des premiers, Masaccio, personne n'y songeait alors, et je crois que Marcel pourrait bien avoir raison.
MARCEL.
Mais j'en suis sûr; le vrai Dante, c'est celui de qui les femmes de Vérone, en regardant son teint jaune, sa barbe, ses cheveux noirs et crépus, disaient qu'il avait été ainsi tout enfumé par le feu d'enfer.
VIVIANE.
Quelle belle érudition!… Ne faites pas attention à ce qu'il dit, chère
Diotime, et continuez. Vous m'intéressez au plus haut point.
DIOTIME.
«Tout conspire, tout concourt, tout consent» au développement de cette organisation exquise: la naissance et les biens qui ouvrent tous les accès; l'influence maternelle (le père de Dante mourut qu'il avait dix ans à peine) qui plane doucement sur la liberté de l'enfant pour la protéger, tandis que, trop souvent, le pouvoir paternel pèse sur elle et l'opprime; le haut enseignement de Brunetto Latini, qui fortifie le caractère en même temps que la pensée de Dante; l'école de Cimabue, les leçons de Casella, qui l'initient aux arts du dessin et à la musique; des émules, des amis, tels que Giotto, Guido Cavalcanti, Oderisi d'Agubbio; avant tout, par-dessus tout, le rayon soudain de l'amour, qui le touche à cet âge de candeur première où rien ne trouble encore l'effet de la grâce divine, et qui le consacre pour l'immortalité.