DIOTIME.
Qu'avez-vous, Viviane? Vous voici toute pâle.
VIVIANE.
Ce n'est rien… Marcel, donne-moi mon châle. Le temps fraîchit un peu.
Si nous marchions?
DIOTIME.
Nous ferons sagement. Je crains que le froid ne vous ait saisie. Vous voici couleur de perle comme Béatrice; couleur d'amour, disait encore l'Allighieri, ajouta Diotime en baissant la voix.
* * * * *
Viviane ne répondit pas. On se mit à marcher sur le sable que la mer, en se retirant, laissait à sec, et qui étincelait comme des paillettes d'or sous les rayons du soleil couchant. Quelque lointain orage, pressenti des mouettes, les poussait vers la rive. Elles arrivaient par bandes, se ralliaient, se pressaient contre le rocher de la Maure. Le sombre et rude granit se couvrait ainsi peu à peu d'un duvet blanc de neige. Il prenait l'apparence d'un oiseau fantastique. On eût dit qu'il allait ouvrir ses ailes gigantesques et s'envoler vers de fabuleuses contrées. D'autres mouettes, plus hardies, se berçaient à la cime des vagues. Elles se confondaient avec l'écume, dont elles semblaient, apparaissant et disparaissant dans le mouvement houleux, comme une fugitive métamorphose.
Viviane s'appuyait au bras d'Élie; elle marchait pensive. On pria
Diotime de reprendre l'entretien.