MARCEL.

Caton d'Utique, à l'entrée du purgatoire!

ÉLIE.

L'évêque Synésius met bien, dans un de ses hymnes grecs, le chien
Cerbère aux portes de l'enfer catholique.

DIOTIME.

Cela n'avait rien alors d'offensant, ni pour le goût, ni pour la foi. Dante a dit de Caton dans le Convito que jamais créature terrestre n'avait été plus digne de servir le vrai Dieu. Nous avons vu qu'il était considéré comme type de la vertu profane et que l'Église admettait à cette époque le salut des justes de l'antiquité. Elle avait adopté de cette croyance une très-poétique expression; elle reconnaissait trois baptêmes: le baptême d'eau, le baptême de sang (le martyre), et le baptême de désir.

ÉLIE.

Cela est beau; mais pourtant, mettre Caton dans le purgatoire, c'est y mettre en quelque sorte l'apologie du suicide, ce qui n'est guère catholique.

DIOTIME.

Rappelons-nous ce que nous avons eu occasion déjà de reconnaître au sujet de cette disposition bienveillante du catholicisme primitif. Caton, en quittant volontairement la vie mortelle, croyait à l'immortalité. Pour s'affermir dans sa résolution, il se faisait lire Platon, le divin. On pouvait hardiment le ranger parmi ces hommes que vante saint Paul et qui, «n'ayant pas connu la Loi, ont été à eux-mêmes leur loi;» et puis il était mort pour la liberté, cet idéal des grandes âmes. Dans le de Monarchia, Dante loue Caton d'avoir voulu librement mourir plutôt que de vivre asservi. Et ici je voudrais revenir encore avec vous à ce que nous disions des opinions catholiques et monarchiques de Dante. Avec son droit de la monarchie,