DIOTIME.

Le ton général de la seconde cantique est une sérénité plaintive, mais Dante est trop artiste pour ne pas en sauver la monotonie par de hardis contrastes. Ainsi, par exemple, l'apostrophe de Sordello:

Ahi serva Italia, di dolore ostello.
Nave senza nocchiero in gran tempesta!

Hélas serve Italie, asile de douleur,
Nef sans nocher dans la grande tempête.

et la description du cours de l'Arno par Guido del Duca; ainsi encore, au vingt-troisième chant, la menace aux dévergondées Florentines qui, si elles savaient ce qui les attend dans l'enfer, «ouvriraient déjà la bouche pour hurler.»

Ma se le svergognate fosser certe
Di quel che'l ciel veloce loro ammanna,
Gia per urlare avrian le bocche aperte.

MARCEL.

Les Florentines avaient donc de bien mauvaises mœurs?

DIOTIME.

Dès cette époque elles s'insurgeaient contre la sévérité des mœurs antiques et se jetaient dans le luxe et les plaisirs. Les magistrats faisaient contre elles des lois somptuaires, mais en vain. Villani nous apprend que, dans l'artifice et l'extravagance de leurs parures, il entrait plus de choses étrangères qu'il n'en restait leur appartenant en propre. Pas plus que les femmes dévergondées, les prêtres gourmands ne sont épargnés au Purgatoire; le pape Martin IV y expie dans le jeûne et l'amaigrissement son goût excessif pour les anguilles du lac Bolsena. La maison royale de France aussi y est en butte à l'animosité du poëte, qui met dans la bouche de Hugues Capet toute une généalogie aussi peu historique que peu flatteuse de ses ancêtres et de ses descendants. Il lui fait dire qu'il est fils d'un boucher: