Il calavrese abate Giovacchino.
Di spirito profetico dotato.

Dante semble tout inspiré du souffle qui plane sur Assise. Comme son ami Giotto, il peint avec prédilection saint François, et je ne doute pas, à son style, qu'il n'ait lu et relu avec amour le livre des Fioretti.

VIVIANE.

Qu'est-ce que les Fioretti?

DIOTIME.

I Fioretti del glorioso poverello di Cristo, messer san Francesco, sont un recueil de récits concernant saint François et ses disciples. On n'en sait pas l'auteur, mais il remonte certainement aux premiers jours de la prose italienne, et il tient aujourd'hui un rang à part entre les classiques trecentisti. J'aurais bien quelque autre sujet de soupçonner notre poëte de n'avoir pas incliné vers les Dominicains. Au XIVe siècle, les principaux chefs de l'ordre furent des Français, et force nous est bien de reconnaître, hélas! que Dante n'aimait pas la France. Dante disamava la Francia, écrit Mazzini, de qui, soit dit en passant, les biographes pourront bien en dire autant quelque jour sans trop d'injustice. En tout cas, selon l'esprit légendaire, Dante réconcilie au ciel les deux rivaux, en mettant l'apologie de saint François d'Assise dans la bouche de saint Thomas et celle de saint Dominique dans la bouche du fervent franciscain saint Bonaventure.

MARCEL.

Ce Joachim de Flore que vous venez de nommer, serait-ce l'abbé calabrais que cite Montaigne, et «qui prédisait, dit-il, tous les papes futurs, leurs noms et formes?»

DIOTIME.

C'est lui-même. Au quatorzième chant, Dante arrive dans le ciel de Mars, où sont les âmes de ceux qui ont glorieusement péri dans les guerres justes. Son bisaïeul Cacciaguida s'empresse vers lui: «O mon sang! õ sanguis meus!» s'écrie-t-il, du plus loin qu'il l'aperçoit. En très-beaux vers et dans un style d'une simplicité épique, le patricien toscan fait à son petit-fils l'histoire de leur maison. La racine parle à la feuille.