Tout ce que j'ai dans mon esprit expire[2]
Quand je vous vois, ô ma belle joie!
Et quand je suis près de vous, j'entends l'Amour
Qui dit: fuis, si tu ne veux pas mourir.
Mon visage montre la couleur de mon coeur,
Et quand il s'évanouit, il s'appuie où il peut[3]
Et, tout tremblant comme dans l'ivresse,
Il semble que les pierres lui crient: meurs, meurs.
Il aurait bien tort, celui qui me verrait alors,
S'il ne venait pas rassurer mon âme éperdue,
Rien qu'en me montrant qu'il me plaint,
Et en me témoignant cette pitié que votre rire tue,
Et que ferait naître cet aspect lamentable
Des yeux qui ont envie de mourir.[4]

NOTES:

[1] Il paraît que Dante s'était plaint hautement, soit en paroles soit autrement, du rire moqueur de Béatrice. Mais il ne s'est pas expliqué davantage sur ce sujet.

[2] Ciò che m'incontra nella menta, more....

[3] Ici le coeur est pris pour la personne. Allusion à la scène de la page 54.

[4] Commentaire du [ch. XV].


CHAPITRE XVI

Ce sonnet, après que je l'eus écrit, m'amena à dire encore quatre choses sur mon état, qu'il me semblait n'avoir pas encore exprimé.

La première est que je souffrais souvent quand ma mémoire venait représenter à mon imagination ce que l'amour me faisait endurer.