Il n'est donc pas nécessaire de donner cette explication qui serait inutile et même superflue.
La scène qui vient d'être reproduite ne rappelle-t-elle pas ce que faisait ressentir aux Anciens l'approche imaginaire d'un Dieu, et surtout l'approche de sanctuaires particulièrement redoutés? Il s'agissait là de phénomènes d'hystéricisme soit isolés, soit communiqués aux foules par une véritable contagion. L'état général des esprits pendant toute la durée du moyen âge était tout à fait favorable à des manifestations de ce genre. Quelque part que l'on puisse faire à l'enveloppe romanesque dont sont entourés la plupart des incidents de la Vita nuova, même les plus sûrement réels, on peut être assuré que le Poète n'a pas inventé de toutes pièces les sensations extraordinaires que l'aspect ou seulement l'approche de Béatrice déterminaient en lui.
Il m'a été reproché d'avoir parlé d'hystérie à propos des phénomènes singuliers qu'il s'attribue à lui-même dans mainte circonstance[1]. Ce sont des témoignages significatifs d'une nervosité véritablement maladive. Il faut ici que ce trouble du système se soit produit avant même que la présence de celle qui en était la cause se fût révélée ou fût même prévue. Il s'agit là d'un phénomène qui rentre dans ceux auxquels se rapporte la télépathie ou action à distance. Si je l'osais, je dirai que Dante eût pu faire un excellent medium.
NOTE:
[1]Giornale Dantesco.
CHAPITRE XV
Ciò che m'incontra nella mente more....
Ce sonnet se divise en deux parties: dans la première, je dis la raison pour laquelle je ne me décide pas à m'approcher de cette femme; dans la seconde, je dis ce qui m'arrive quand je m'approche d'elle; et cette partie commence par: et quand je suis.... Et cette seconde partie se divise aussi en cinq, suivant ce qui s'y raconte. Dans la première, je dis ce que l'Amour, sur le conseil de la raison, me dit quand je suis près d'elle; dans la seconde, j'explique l'état de mon coeur d'après celui de mon visage; dans la troisième, je dis comment je perds tout courage; dans la quatrième, je dis combien a tort celui qui ne me témoigne aucune compassion, parce que cela me rassurerait; dans la dernière, je dis pourquoi les autres devraient avoir pitié de moi, c'est-à-dire en raison de l'angoisse qui me monte aux yeux; angoisse qui disparaît, c'est-à-dire dont les autres ne s'aperçoivent pas, à cause de la moquerie de cette femme, laquelle attire à elle les regards de ceux qui verraient peut-être cette angoisse. La seconde partie commence à: mon visage montre.... la troisième à: et tout frissonnant.... la quatrième à: il a bien tort.... la cinquième à: et me montre....