Nous voyons que le premier sonnet de la Vita nuova, purement symbolique, a été adressé à des rimeurs notables. «Sitôt que ce sonnet fut répandu», dit le poète. Et nous connaissons quelques-unes des réponses qui lui furent faites. Parlant du sonnet Donne ch'avete intelletto d'amore.... (chap. XX), il dit encore: «Après que ce sonnet eut été répandu dans le monde....» (chap. XX).

Il y avait certainement là un mode de correspondance analogue à cette correspondance par petits vers, madrigaux, sonnets, que nous retrouvons dans le XVIIIe siècle, et dont Voltaire faisait un si large usage.

N'y avait-il pas également alors quelque chose d'analogue à ce qu'on appelait, au dernier siècle, des bureaux d'esprit? Nous voyons un de ses amis (le frère de Béatrice) venir demander à Dante de dire quelque chose à propos d'une femme qui venait de mourir (chap. XXXIII). Un autre de ses amis (Forese) le prie de lui dire ce que c'est que l'amour (sonnet, page 57). De nobles dames viennent lui demander de ses vers (chap. LXII), et il en écrit de nouveaux pour mieux leur faire honneur.

Les Florentins avaient l'habitude de se réunir le soir, al fresco dei marmi, sur les bancs de marbre que l'on voit encore autour de la cathédrale (Santa Maria del fiore), et où l'on montre il sasso di Dante, la pierre où Dante venait s'asseoir.

C'est là que devaient s'échanger les racontars de la ville et les commérages du jour, et se communiquer les productions journalières des rimeurs à la mode. N'est-ce pas la fidèle représentation des cafés et des cercles de nos villes de province?


CHAPITRE XIX

Donne, ch' avete intelletto d'amore....

Cette canzone, afin qu'elle soit mieux comprise, Je la diviserai avec plus de soin que les précédentes, et j'en ferai ainsi trois parties.