—Quel est celui qui ose, encore vivant, fouler la région des morts?

Mais le sage qui me guidait étendit la main comme pour demander un entretien secret: son geste suspendit leur courroux.

—Approche donc seul, dirent-ils, et laisse là ce téméraire qui n'a pas craint de visiter notre empire: demeure avec nous et que, dans sa folie, il aille retrouver sans toi ses vestiges perdus dans la nuit.

Quelle fut ma consternation à ces paroles cruelles, qui m'ôtaient pour jamais l'espoir du retour!

—Ô bon génie! qui tant de fois avez ranimé ce coeur défaillant, vous dont le regard tutélaire me guidait sur le bord des abîmes, ne m'abandonnez pas, m'écriai-je dans ma détresse; et si l'abord de ces lieux nous est fermé, retournons plutôt ensemble sur nos premiers pas.

—Rassure-toi, me dit le sage, et crois que le bras qui nous soutient brisera ces obstacles: je ne t'abandonnerai pas dans ces demeures sombres; tu peux attendre ici mon retour. Il me quitte à ces mots, et je reste ainsi loin de sa présence paternelle, suspendu entre le doute et la frayeur.

Je ne pus entendre son entretien avec les rebelles; mais il le rompit bientôt. Ces antiques ennemis de l'homme s'éloignèrent précipitamment; et, rentrant en tumulte dans la cité, ils en fermèrent à grand bruit les portes sur mon guide. Je le vis alors revenir à pas lents: l'abattement avait terni son visage, et ses regards éteints tombaient à ses pieds. Il soupirait et disait:

—Comment ont-ils osé me fermer l'accès de leur demeure?

Il ajoutait ensuite:

—Mon trouble ne doit point t'alarmer; j'humilierai cette folle résistance, et c'est dans ces mêmes remparts que leur orgueil frémissant sera vaincu. Leur insolence n'est pas nouvelle: il est, plus près du jour, une porte qui atteste encore leurs fureurs, et qui n'a plus roulé depuis sur ses gonds fracassés; debout sur son seuil, tu as lu l'inscription de mort [5].