[8] Ce buisson fut quelque Florentin dont on ignore le nom; car dans ces temps malheureux plusieurs se pendirent à Florence. Il parle ici de l'opinion où on était dans cette ville, que sa conservation dépendait de la statue de Mars qui en avait été le patron, et devait à jamais en être le palladium. Quand Florence se fit chrétienne, on dédia à saint Jean le temple de Mars: mais pour ne rien perdre, on plaça la statue de ce Dieu au haut d'une tour, sur les bords de l'Arno. Lorsqu'en 802 Charlemagne releva les murs de Florence qu'Attila avait détruite, il fallut retirer du fond de la rivière la statue de Mars, qui y avait été renversée: on la plaça sur le pont, d'où elle protégeait ceux qui rebâtissaient la ville.
CHANT XIV
ARGUMENT
Troisième donjon, dans lequel sont punies trois sortes de violences. Celle contre Dieu, ou l'impiété; celle contre nature, ou la sodomie; et celle contre la société, ou bien l'usure.—Description du supplice des impies.—Allégorie sur le temps et sur les fleuves d'Enfer.
L'arbuste achevait son récit d'une voix plus faible; et moi, que l'amour de la patrie et la compassion déchiraient à la fois, je me hâtai de rassembler autour de lui ses membres épars.
Ensuite je marchai sur les pas de mon guide, vers les confins où se termine la forêt.
C'est là que l'éternelle justice prend des formes nouvelles et plus effrayantes: là, notre vue s'égara dans une terre désolée, où le ciel avait éteint tout germe de vie; des sables arides et profonds en remplissaient l'étendue, tels qu'ils s'offrirent à Caton dans la brûlante Libye.
Nous avancions sur ces stériles bords, en côtoyant la forêt qui, après avoir baigné son premier contour dans le fleuve de sang, forme avec ses derniers troncs la hideuse ceinture de cette plage nue et déserte.
Ô vengeance du ciel! de quel effroi le spectacle que tu m'offres va remplir l'âme de mes lecteurs! J'ai vu la foule innombrable des âmes dispersées dans ces régions: mon oreille a retenti des rugissements de leur désespoir. Une cruelle providence donnait à leur supplice des formes et des lois diverses. Les unes, gisantes et renversées, étaient immobiles: les autres étaient assises et courbées; enfin beaucoup d'autres couraient éperdues dans ces déserts. Cette troupe errante était la plus nombreuse; mais celle que le sort avait fixée poussait des cris plus désespérés.
Sur ces plaines sablonneuses, des flammes descendaient lentement en pluie éternelle, ainsi que la neige qu'un ciel tranquille verse à flocons sur les Alpes: ou pareilles à ces feux qu'Alexandre voyait tomber aux rives de l'Indus, et qui s'éteignirent quand la terre, durcie sous les pieds des soldats, ne maria plus ses vapeurs aux influences d'un ciel brûlant [1]. C'est ainsi que la voûte infernale épanche à jamais ses torrents embrasés: le sable qui les reçoit s'en pénètre; et, s'enflammant comme l'amorce légère, rend tous ces feux aux réprouvés et double ainsi leurs tortures. Consumés, forcenés, transpercés de douleur, ils se roulent et se débattent, repoussant, secouant sans cesse les flèches dévorantes qui se succèdent sans discontinuation [2].