Descente à la septième vallée, où sont punis les voleurs et brigands qui ont usé de mensonge et de fourberies.
Vers le retour de l'année, jeune encore, où déjà le soleil plonge son front pâlissant dans l'urne pluvieuse [1]: quand le jour s'accroît des pertes de la nuit, et que les voiles transparents de la gelée imitent au matin la robe éclatante de la neige [2], le pâtre qui n'a plus de fourrages se lève et regarde autour de lui; mais voyant partout blanchir la plaine, il se bat les flancs, et troublé par son malheur, il rentre sous ses toits, court, s'écrie et se désespère.
Il sort enfin, et renaît à l'espérance lorsqu'il voit qu'un temps si court a changé l'aspect des champs: déjà la houlette en main, il chasse devant lui son troupeau, qui bondit sur la verdure.
C'est ainsi que le trouble du poëte passa de son front sur le mien, et que par un aussi prompt retour, j'eus le remède après le mal; car dès que nous fûmes devant les ruines du pont, le bon génie, me regardant de ce même coup d'oeil dont il m'avait ranimé au pied de la colline [3], ouvrit les bras; et, après avoir considéré ces masses de débris d'une vue plus attentive, il me prit et me porta sur son sein; ensuite, comme un sage qui agit et délibère à la fois, il marcha d'un pas mesuré, et me souleva sur la pointe d'un roc, cherchant de l'oeil un autre appui, et me disant:
—C'est là qu'il faut te prendre; mais vois d'abord s'il peut te soutenir.
Certes, ce n'étaient point ici des sentiers pour des malheureux vêtus de plomb, puisque l'ombre légère du poëte, et moi suspendu dans ses bras, nous gravissions de pointe en pointe avec tant de fatigue dans ces décombres; et si ce côté ne m'eût offert des roches moins sourcilleuses, j'aurais succombé sans doute, et mon guide peut-être avec moi.
Mais comme de fossé en fossé un rempart s'élève et l'autre s'abaisse, les vallées maudites se penchent ainsi comme un vaste amphithéâtre et pèsent sur l'abîme creusé dans leur centre [4].
J'étendis enfin mes bras vers les derniers rocs qui hérissent le sommet de la côte; et là, sans pouls et sans force, j'appuyai mon flanc hors d'haleine sur la pierre tranchante.
—Relève-toi, me cria le maître, et secoue ta mollesse; car ce n'est point sur la plume et sous les courtines que la gloire t'attend, la gloire, sillon de lumière que l'homme doit laisser après lui, s'il n'a point glissé dans la vie, comme la fumée dans l'air, ou l'écume sur l'onde. Viens désormais, et, vainqueur de ta faiblesse, montre-moi ces mouvements généreux d'une âme qui ne se traîne point sous la grossière enveloppe des sens. Ne crois pas qu'il te suffise d'être échappé de ces gouffres; il est encore une colline et des hauteurs plus inaccessibles [5]; entends-moi donc, et que ton coeur se réveille à ma voix.
J'étais déjà debout, et, montrant à mon guide des forces que je n'avais point: