[2] C'est Capanée qu'on a vu au quatorzième chant.

[3] Cacus aurait dû être puni, avec les autres centaures, dans le fleuve de sang (Voyez le chant XII). Il s'occupe ici à poursuivre Vannifucci.

[4] Ce Cianfa Donati était parent de Dante par les femmes. Il vient de disparaître aux yeux des compagnons de ses supplices, pour avoir subi quelque métamorphose pareille à celle qu'on va voir.

[5] Je crois que c'est Cianfa lui-même, changé en serpent, qui vient de s'attacher à cet Angel, qui était de la famille Brunelleschi. Ces deux Florentins s'étaient unis pour piller la république: ils s'unissent ici pour leur mutuel supplice: idée ingénieuse, dont la terrible exécution fournit une note critique. C'est que les comparaisons étant toujours un objet secondaire dans une description, il faut bien prendre garde aux couleurs qu'on y emploie: elles contrarient l'ordonnance générale, si elles ne se fondent pas bien dans la teinte dominante; car il est vrai, en poésie comme en peinture, que les reflets de lumière doivent tenir de la couleur des corps dont ils partent, et qu'il se fait par là dans un tableau un échange harmonieux des jours et des ombres. Ainsi l'épithète de chevelu que Dante donne au lierre, reflète un jour effrayant sur le reptile auquel cet arbuste est comparé: par ce mot seul, le serpent se trouve hérissé de poils. Le poëte n'a pas toujours ce grand goût, il faut l'avouer.

[6] Sabellius et Nasidius, deux soldats de l'armée de Caton, furent piqués par des serpents en traversant les sables d'Afrique. Voyez l'affreux tableau de leur mort dans Lucain. Il faut observer que, dans la métamorphose de l'homme et du serpent, la fumée qu'ils exhalent tous deux va de l'un à l'autre, comme pour établir l'échange des deux substances, et qu'ils se contemplent attentivement comme pour prendre modèle de leur nouvelle forme l'un sur l'autre pendant l'action du venin.

[7] Bose, Florentin, de la famille des Donati, qui vient d'être changé en serpent, tandis que le serpent est devenu homme.

[8] Voilà en effet des tableaux où Dante se montre bien dans cette magnifique horreur sur laquelle Tasse s'est tant récrié. Hardiesse de style, fierté de dessin, âpreté d'expression, tout s'y trouve; les trois vers qui terminent la tirade font frémir d'admiration, car ce n'est plus de l'italien, non mortale sonans; c'est le mens divinior; c'est l'Enfer dans toute sa majesté:

Cosi vid'io la settima zavorra Mutar e trasmutare; e qui mi scusi La novità, se fior la lingua abborra.

On croit d'abord que l'imagination du poëte, lassée des supplices de Vannifucci et d'Angel, va se reposer; quand tout à coup elle se relève et s'engage dans la double métamorphose du serpent en homme et de l'homme en serpent, sans reprendre haleine, sans user même d'une simple transition. Aussi paraît-il bientôt que Dante a eu le sentiment de sa force par le défi qu'il adresse à Lucain et à Ovide: et non-seulement il est vrai qu'il les a vaincus tous deux dans cette dernière tirade, mais il me semble qu'il s'est fort rapproché du Laocoon dans le supplice d'Angel.

C'est des trois derniers vers qu'on vient de citer qu'est tirée l'épigraphe de l'ouvrage. Elle présente plus d'un sens: Qu'ici la nouveauté m'excuse si mon langage est barbare; ou bien, si mon langage repousse la parure; ou enfin, si mes tableaux ne respirent qu'horreur: on a suivi cette dernière intention. Il est inutile de faire observer combien Dante s'est élevé dans ces XXIVe et XXVe chants.