[16] Soldanier était Gibelin, et avait trahi cette faction pour s'attacher aux Guelfes.

Gano ou Ganellon, envoyé par Charlemagne auprès des Sarrasins d'Espagne, leur conseilla d'attaquer l'armée de ce prince, qui s'était engagée dans les défilés. Son avis fut exécuté, et l'arrière-garde de l'armée française fut mise en pièces. Le fameux Roland y périt avec les autres paladins: c'est la grande journée de Roncevaux.

[17] Tribaldel tenait la ville de Faënza pour le comte de Montefeltro, et il en ouvrit les portes aux Français qui remplissaient alors la Romagne, où le pape Martin IV les avait attirés.

[18] Tydée, père de Diomède, fut blessé mortellement au siége de Thèbes, par Ménalippe. Furieux de se voir mourir, il voulut qu'on lui apportât la tête de son ennemi, et la déchira à belles dents. Minerve, offensée de cette action barbare, abandonna ce héros, qu'elle avait toujours protégé, et le laissa périr.

C'est ici que commence la terrible aventure d'Ugolin, morceau connu de tout le monde. Comme la plupart des lecteurs courront d'abord à cet épisode, je vais le faire précéder d'une note, afin qu'on puisse le lire sans distraction.

Ugolin, comte de la Gherardesca, était un noble Pisan, de la faction Guelfe: il s'accorda avec Roger, archevêque de Pise, lequel était Gibelin, pour ôter à Nino Visconti le gouvernement de la ville. Ils y réussirent et gouvernèrent ensemble; mais bientôt l'archevêque, jaloux de l'ascendant que son collègue prenait sur lui, voulut le perdre. Pour y parvenir, il fit courir des bruits qu'Ugolin avait trahi la patrie, en livrant quelques châteaux aux Florentins et aux Lucquois, sous couleur de restitution; et quand il vit les esprits bien préparés, il vint un jour, suivi de tout le peuple, et précédé de la croix, à la maison du comte, et, l'ayant saisi avec ses quatre enfants, il les fit jeter ensemble dans une tour. Quelques jours après, soit pour empêcher qu'on n'apportât de la nourriture à ces malheureux, ou qu'il craignît quelque retour du peuple, il vint fermer lui-même la porte de la tour, et en jeta les clefs dans la rivière. Cette prison fut depuis appelée la Tour de la faim.

Le poëte, supposant avec art que ce qu'on vient de lire est connu de tout le monde, ne fait raconter à Ugolin que ce qui se passa dans la tour, entre lui et ses enfants, depuis qu'on leur eut fermé la porte et refusé toute nourriture: détail qu'en effet le public ne peut connaître.

Nous observerons que le comte Ugolin se trouve dans ce cercle, parce qu'il était vrai sans doute qu'il avait trahi les intérêts de sa patrie, et que, malgré toute la pitié qu'inspirent ses malheurs, il faut que justice se fasse. Mais c'est par une justice plus grande encore que la tête de Roger est abandonnée à la fureur d'Ugolin, qui doit assouvir à jamais sur elle sa faim et sa vengeance. Cet archevêque avait aussi trop outragé la nature en condamnant un père et ses quatre enfants à finir leurs jours d'une manière si cruelle, les uns en présence des autres.

CHANT XXXIII

ARGUMENT