Je serre mes poings, mes doigts font des nœuds. Tonnerre, c’est la pommade ! Pas moyen de se décider. Et, soudain, j’éclate de rire. Il s’agit d’être franco vis-à-vis de moi. Du moment que j’hésite, c’est que ma décision est prise.
Tant pis pour mes bagages. Et, du reste, c’est encombrant. J’ai le paquet d’artiche que m’a refilé Maresco. Avec ça, je peux voir venir !
Je cigle mes consos et je file aux toilettes. Là, j’allume une sèche. Je la fume doucement, le regard perdu sur un distributeur de papier hygiénique. Lorsqu’elle est achevée, j’en allume une autre.
Des haut-parleurs aboient. Des moteurs vrombissent. J’attends, l’œil toujours perdu. Puis je quitte ce petit endroit.
Il fait plus beau encore qu’à Chi… A la place où se trouvait mon coucou, il n’y a plus qu’un praticable que des hommes en combinaison roulent en direction d’un hangar. Un point argenté dans le ciel. Je pousse un soupir tellement copieux qu’il fait frissonner l’herbe rase.
« Maintenant, tu l’as voulu, mon bonhomme, me dis-je. C’est à toi de jouer, planque tes pinceaux ! »
Vers le milieu de l’après-midi, je descends du train de luxe à South Bend, une assez grande ville à l’est de Chicago.
Je débarque, les mains aux poches. Pourtant, en cours de route, j’ai eu le temps de réfléchir et de dresser mon plan d’attaque !
J’entre dans un grand magasin de confection et je m’offre des fringues ahurissantes : un costard verdâtre, une chemise mauve, une cravate jaune. Un chapeau imperméable bis, avec une bordure blanche. Une fois fringué, on dirait que je vais tourner un film. Je ressemble à un Sud-Américain moyen. Une paire de lunettes noires sans monture et vous ne reconnaîtriez plus votre vieux San-Antonio.
En quittant le marchand de loques, je gagne un garage où on vend des tires d’occase. Je m’offre une vieille Bentley assortie à mon costume, avec des housses de cuir et un volant chromé.