Il a la bouche pâteuse et il claque de la langue difficilement.
Je lui tends la bouteille.
— Tiens, remets-toi !
Il attrape le goulot, boit longuement. Sa glotte monte et descend dans son cou maigre comme un yo-yo.
Et, brusquement, il a une détente. Il lève la bouteille et cherche à me l’abattre sur le dôme. C’est raté, car je suis bien plus haut que lui. Si j’avais été à sa hauteur, j’y allais de mon aubergine !
Je lui arrache la bouteille et je lui file un coup de genou sous le menton.
— Tu es turbulent, Seruti… Ça te perdra.
Il saute comme un chat hors de son fauteuil. Il a l’air bien décidé. Sans que j’aie eu le temps d’intervenir, une lame brille au bout de ses doigts. J’avais un peu oublié qu’il était Rital. Les Ritals naissent avec un ya à la main, la chose est connue !
— Pose ce cure-dents, fiston, ou alors ça va barder pour ta couenne !
Mais il joue son va-tout. Il y a maintenant le fauteuil entre lui et moi. Et, au lieu de me foncer dessus, il recule. J’ai compris, c’est un lanceur. A vingt pas, ils vous plantent une lame dans le cœur aussi facilement que vous sucez une feuille d’artichaut.