Pour aller chez les Maurois, il fallait descendre tout en bas du bourg et prendre la route des marais, couverte d'une glaise perfide. L'auto dérapait facilement, et tout en me cramponnant à la direction, je ne cessais d'appréhender qu'une panne n'arrêtât cette caisse de ferraille. Ensuite, on empruntait un chemin de terre aux ornières rocailleuses qui escaladait l'envers d'une des deux collines abritant Saint-Theudère. A chaque cahot, le docteur que l'on avait installé à mes côtés glissait sur mon épaule et je le redressais d'un coup de coude. Son ivresse ne l'avait pas abandonné, mais s'était transformée en un état prostatique qui lui laissait quelque peu de ses facultés. Je lui parlais le plus possible afin de le tirer de sa torpeur.

— Attention, toubib, nous allons chez monsieur Maurois. Vous pigez ? Maurois, le fabricant de mousseux, pour un accouchement. Essayez de revenir à vous, sacrebleu !

Il hochait la tête en réprimant des nausées. Derrière nous, le secrétaire faisait part de ses craintes à Hélène.

— Je veux bien être pendu si ce bougre-là reprend conscience avant d'arriver.

— Peut-être, a répondu ma compagne, qu'il récupérera lorsqu'il se verra devant ses obligations professionnelles.

— Espérons-le !

Sans doute le médecin avait-il entendu cette conversation, pourtant tenue à mi-voix, car il s'est brusquement secoué par un prodige de volonté.

— Arrêtez ! m'a-t-il ordonné.

Lorsque j'ai eu stoppé, il a murmuré :

— Ma trousse !