— Hein ? Vous voulez parler de l'épouvantable carriole qui pourrit dans son garage ?
— Je l'ai réparée.
Franchement, il a eu l'air médusé.
— J'aimerais mieux entreprendre de faire rouler une courge plutôt que cet amas de ferraille. Je veux voir ça de mes yeux.
Nous sommes sortis sur la terrasse. Maurois a regardé la B 2. Il a soulevé le capot, s'est mis au volant et a fait le tour de la propriété. Lorsqu'il est redescendu, son regard brillait d'excitation.
— Je vous tire mon chapeau, vous êtes un type for-mi-da-ble… Puisque vous vous y connaissez en mécanique, venez voir quelque chose.
Je l'ai suivi sous un vaste hangar, largement éclairé par deux lampes à réflecteur. Sous cet édifice de tôle reposait un gros dix tonnes à gazogène. C'était vraiment un beau véhicule. Avec sa cabine avancée, ses six roues, il donnait une impression de puissance, surtout sous la lumière crue du hangar.
— Qu'en pensez-vous ?
On décelait une fierté farouche dans le ton de Maurois.
— C'est une belle pièce. Dommage qu'il ne soit pas à essence.