— Je ne sais pas.

J'ai acheté des pommes dans une épicerie. Elle s'est mise à en croquer une. Ça faisait plaisir de voir ses dents blanches mordre dans la chair blanche du fruit.

Nous avons traversé les faubourgs démolis, puis nous nous sommes retrouvés en pleine campagne, sur une route où passaient des convois américains. Les soldats nous adressaient des signes d'amitié ; un motocycliste qui se dirigeait dans le même sens que nous, nous a proposé de monter dans son side. J'ai pris la jeune fille sur mes genoux. Le soldat louchait sur les jambes découvertes d'Hélène ; alors j'ai baissé sa robe d'un geste brusque.

* * *

Au crépuscule, nous nous sommes trouvés dans une campagne déserte. C'était une plaine marécageuse, cernée par de calmes vallonnements. Un souffle chargé d'odeurs d'eaux mortes agitait les panaches des roseaux. Des peupliers en forme de cierges touchaient dans l'eau noire le ciel où flottaient encore des nuages roses.

L'air possédait un goût de vie. Nous avons tourné le dos à la route et nous nous sommes engagés dans un chemin creux qui s'en allait au fond du soir, à travers les marais.

C'est à ce moment-là que nous avons commencé à parler vraiment. J'avais l'impression soudaine qu'un manteau de plomb venait de glisser de mes épaules. A l'horizon, des étoiles claires tremblotaient…

— A quoi penses-tu ? ai-je demandé à Hélène.

Elle a secoué la tête.

— A mes cheveux…