Ce ronflement, c’est le bout-bout-bout-bout d’un moteur de péniche. Nous appareillons…
C’est d’un enlèvement qu’il s’agit… Je me fais enlever comme si j’étais la fille du roi de l’acier ou un diplomate anglais…
Vous parlez d’un bizness !
Tout ce que je puis faire, c’est regarder le paysage qui défile avec une lenteur incroyable par le hublot. Je constate que nous descendons la Seine… Les berges riantes du fleuve se déroulent comme un écran. Nous passons sous des ponts que j’identifie au fur et à mesure… On a une curieuse optique d’ici. C’est la première fois que je descends la Seine. Avec tous ces méandres, c’était une croisière qui m’avait toujours rebuté.
Je vous jure que cela fait une très curieuse impression de se sentir entraîner au fil de l’eau, comme dans la chanson, par des inconnus dont on ignore le visage, vers un point dont on ignore la situation.
Enfin, quoi ! La Seine c’est pas l’océan Pacifique… On ne va pas me trimbaler comme ça des jours et des jours…
Ils vont bien se décider à me dire ce qu’ils ont dans la brioche, mes kidnappeurs !
Je vais m’allonger sur l’une des couchettes, mon revolver à la main…
Le bruit régulier du moteur joint à la trépidation finit par m’endormir…
Advienne que pourra !