Voilà que je fais un complexe du disque, à cette heure. Je pose le canard. Je respire profondément… Ça a l’air de gazer. Faut dire que je suis encore sous l’effet de la piqûre. Mais à grand renfort d’alcool et d’aspirine je le guérirai, moi, San-Antonio…
Je viens tout juste de prendre cette décision lorsque le chef du personnel m’avertit que Maubert est arrivé. Il le fait appeler puis, quand le chauffeur est là, sort discrètement de son bureau afin de ne pas me déranger.
J’apprécie sa réserve.
Maubert est un solide gaillard qui ne doit pas avoir de rapports très suivis avec l’eau sur le plan externe et pas du tout sur le plan interne.
Il a un nez qui ne tiendrait pas dans votre mouchoir et dont la couleur évoque un conclave au Vatican. Ses yeux sont enrobés d’une sorte de gelée et ses moustaches hérissées ont des souvenirs de Brouilly.
— Quoi c’est-y ? demande-t-il d’un ton académique.
Je lui fais voir ma carte afin d’éviter de trop longues explications.
— Ah bon, dit-il.
Il a l’habitude de ces sortes de visites. Tous les chauffeurs de taxi parisiens ont un jour ou l’autre la visite d’un condé qui leur demande s’ils n’ont pas chargé un monsieur en complet bleu marine dans la nuit du 12 au 13 janvier 1967.
— Hier, vers midi, je lui dis, vous avez chargé un type aux cheveux gris dans le bois de Boulogne, le long de la Seine…