Bien entendu, ce petit rodéo n’a pas été sans ameuter les paisibles populations du quartier.
Je me retourne et dis aux assistants :
— Quelqu’un a-t-il pu noter le numéro de cette voiture ?
Tous hochent la tête. Une vieille dame tenant un affreux ratier en laisse dit qu’il doit commencer par un 6 ; un plombier zingueur s’inscrit en faux contre cette hypothèse en jurant que c’est par un 8 que le numéro commence… Pagaïe habituelle. Deux flics s’annoncent, autoritaires et tonitruants en commandant à tout ce trèfle d’aller à ses affaires ; mais faire circuler des badauds parisiens en pareil cas est plus périlleux que d’ôter un gigot à un tigre affamé.
Je prends les flics à part et leur chuchote mon identité à l’oreille. Je leur dis qu’ils envoient ce qu’il faut au 4, de la rue, pour le ramassage d’un ou peut-être deux macchabées…
Je rengaine mon soufflant et je reviens à ce que les journaleux en délire appelleront incessamment la maison tragique.
La concierge est au premier, acagnardée à la porte en train de regarder le cadavre de Banski, lequel se vide de son sang comme un tonneau ouvert. Je la prends par les épaules et elle pousse un glapissement d’effroi.
— N’ayez pas peur, mémère, je suis de la police, les agents vont rappliquer et emporter ces bonshommes…
Elle est grise comme une matinée de Toussaint, la pauvre.
— Cet appartement appartient à qui ?