— Bien, monsieur.

Elle doit se demander quel micmac je fais, la poulette. Je n’ai pas le temps de méditer sur les réactions d’une standardiste suisse devant les agissements d’un flic parisien.

Le détective frappe à ma porte.

Sa devise, ça doit être « célérité avant tout ». Pour la discrétion, y a qu’à renoucher sa bouille pour comprendre qu’elle est garantie sur facture.

C’est l’image du Suisse moyen. Il n’est ni grand, ni petit, ni gros, ni maigre, ni beau, ni moche, ni gland, ni malin. Il porte le costar anonyme de votre courtier d’assurances et ses yeux sont joyeux comme le jour où il pleuvait tant.

— Vous désirez ? demande-t-il.

Je procède par ordre, c’est-à-dire que je le fais entrer, que je lui montre ma carte et qu’enfin, je le rencarde sur les événements de ces dernières minutes.

Il fronce le sourcil. Sa bouche prend un pli amer.

Ce genre de pastaga ne lui dit rien qui vaille. Lui, c’est la catégorie détective de salon : c’est-à-dire que son boulot consiste à examiner les registres d’entrée pour vérifier si par hasard un ennemi public ne s’est pas fait inscrire, et à téléphoner aux banques pour savoir si les chèques des clients sont provisionnés.

— C’est effroyable, dit-il, du ton que prend votre belledoche pour affirmer que vos petits fours sont délicieux.