CHAPITRE V
BON VOYAGE
Je fonce à la police où je retrouve mon convoyeur. Il me présente sur une table les colis du mort et ses fringues. Les vêtements ne comportent aucune marque… Quant aux valises, excepté la bombe (désamorcée par les artificiers de l’endroit), elles ne contiennent rien que de très honnête : du linge de corps, sans marque ; des objets de toilette.
Tout cela ne m’apprend qu’une chose, c’est que Cluny envisageait l’éventualité d’être arrêté puisqu’il avait ôté de ses vêtements toute possibilité d’identification.
Alors, s’il s’enfermait de la sorte dans un halo de mystère, pourquoi m’a-t-il donné ce début de nom ? Un homme qui arrache la griffe de son chemisier peut-il donner à la police le nom d’une femme qui le connaît ?
Ça ne me paraît pas logique. Et moi, bien que d’une nature nettement poétique, j’adore la logique…
J’ai hâte d’être à Cannes pour essayer de retrouver une femme habitant un appartement du centre, et dont le nom commence par BLA… C’est plutôt coton, mais j’ai réussi des exploits plus périlleux.
Le flic strasbourgeois m’affirme que les photos du mort sont au tirage et que je les aurai d’ici un quart d’heure.
— En attendant, dis-je, j’aimerais passer un coup de fil à Paris. Je m’isole dans un petit bureau plein de papiers jaunis et de mouches mortes. Ça sent l’administration dans toute sa poussière, dans toute son horreur !
J’allume une gitane et je demande Paris, en priorité.