— Dans mon bistrot, continue Pellegrini, il y a l’annuaire…
Je le regarde. Je suis tellement enfoncé dans mes emmerdements que je n’avais pas songé à cet élément si commun et pourtant essentiel.
— D’accord ! J’en suis…
Blanc, Blanchet, Blanchon, Blavet, Blavette… C’est tout ! On a tort de se faire des idées préconçues.
Je m’imaginais, avant d’ouvrir le bouquin, que des noms commençant par « Bla », il devait y en avoir une séquelle. Eh bien, vous voyez, pas du tout… Cinq ! Ils sont cinq en tout et pour tout…
Une brusque allégresse me galvanise.
Si seulement ça voulait se mettre à rigoler, peut-être que je finirais par y voir un peu plus clair.
— Vous travaillez sur quoi ? demande mon collègue.
— Sur des carpes ! Pour la première fois de ma vie, j’enquête sur une affaire dont je connais les coupables, sans pouvoir pourtant la résoudre. Et c’est une affaire internationale, une affaire importante ! Et je suis limité par le temps… Et cette limite se rétrécit… Voilà, mon vieux, ce que je maquille ! J’ajoute que je commence à avoir les nerfs en boule et que je rêve de tout lâcher pour me consacrer exclusivement à la pétanque… J’en ai classe des macchabées, je voudrais un peu m’intéresser aux vivants, c’est légitime comme aspiration, non ?
Pellegrini est le genre de mec qui ne se casse jamais le bol !