— Non, ça va… Si un message ou un paquet arrive pour moi, mettez-le-moi de côté.
— Vous revenez ?
— En fin de journée, oui. Je vais au cinéma. Vous n’avez pas un bon film à me conseiller ?
Hélas, il en avait un, ce tordu. Ça s’appelle « Cœurs en flammes ». Rien que le titre, j’aurais dû me méfier !
C’est l’histoire d’un mec qu’est chirurgien et qui fait des miracles en veux-tu en voilà ! Un jour, il devient dingue pour une souris qui joue du prose aux Folies-Bergère. La souris lui sucre tout son grisbi et le lâche comme un soutien-gorge usagé. Le toubib tombe dans le ruisseau… Il lui reste balpeau et il est à deux doigts de la mangave. Mais v’là qu’un jour la croqueuse de pellos se fait renverser par un autobus sur la ligne Charenton-Ecole ; du coup, son cubitus saute dans sa boîte de vitesse, et il faut un caïd pour la réparer ; il n’y en a qu’un en France et vous devinez qu’il s’agit du toubib-clodo.
Il apprend ça par les journaux et il va opérer la danseuse avec ses fringues made in place Maubert. Elle guérit, elle se repent, ils se roulent des patins et le film finit juste au moment où commence ma migraine.
Je me trisse en pestant contre le cornichon qui m’a conseillé cette pauvreté. Quand on voit des productions pareilles, on a envie de demander l’adresse du réalisateur pour aller lui mettre un bourre-pif, histoire de lui donner le sentiment du public.
Je bigle ma montrouze : six heures.
Le temps de licher un Martini à la brasserie voisine et je regagne ma base.
— Rien pour moi ? je demande.