Je prends le petit sac de toile attaché sous mon bras. J’en retire les objets qu’il contient : le briquet et les cigarettes dans la poche gauche de la veste, ainsi que les clés… Bon, voilà qui est fait… Une petite boîte d’aloufs dans la pochette intérieure… Ça y est… Le portefeuille à droite… Bien ! Reste le mouchoir, le morceau de crayon et le canif dans la fouille gauche du grimpant…
En introduisant ces dernières bricoles dans le falzar du mec, mes doigts touchent ses cuisses à travers l’étoffe. J’ai toujours eu de la répulsion pour les cuisses d’homme, ce qui prouve bien l’orthodoxie de mes mœurs, mais alors, pour les cuisses d’homme mort, ce que j’éprouve n’est pas racontable !
Je retiens une envie sincère de dégueuler…
Deux ou trois profondes inspirations pratiquées à une certaine distance du cadavre pestilentiel me retapent.
Je me convoque pour un petit sermon de circonstance.
« San-Antonio, mon trésor, si tu as une nature de midinette, va falloir plaquer le service et te lancer dans la couture… »
Ce serait marrant, dans le fond, de terminer petite main après avoir été un virtuose de la mitraillette et du colt à canon scié !
Je passe d’un œil critique le macchabée en revue.
Debout contre son arbre, il a l’air d’un totem nègre…
Bon… Il est paré… Sapristi ! Mes yeux viennent de tomber sur les pompes de Blachin… Bien cirées, elles luisent dans un rayon de lune ! J’éprouve une petite satisfaction en constatant que le grand boss qui pense à tout n’a pas pensé que ces chaussures brillantes de cire ne pouvaient être celles d’un homme ayant marché à travers la nature… Je vais un peu plus loin ramasser de la terre argileuse et j’en macule ses godasses… J’en cloque sous les semelles, j’en glisse dans les œillets des lacets… De cette manière, il a tout du gros marcheur fourbu, le rigide !