Je bloque mon avertisseur. Ça donne l’idée aux autres guindes de la file d’en faire autant. En trois secondes, Paris pourrait subir un bombardement aérien qu’on ne s’en apercevrait même pas !

Le flic préposé au débrouillage de l’écheveau se fout en rogne, tire le « Vespasien » à l’intérieur de son refuge clouté et fait démarrer les bagnoles.

Je me rue en direction de l’Arc… L’avenue est dégagée… J’aperçois tout en haut, vers George-V, la 404 de Plumet et je mets la sauce pour la rejoindre. Heureusement, ce petit dégourdoche s’est aperçu de l’incident et a pris la précaution de ralentir…

Nous contournons l’Arc de Triomphe… Des cars de touristes, qui n’ont sans doute jamais vu l’éclairage au gaz, stoppent autour du monument. Des troupeaux de Ricains, de Nordiques, de Suisses trottent photographier la dalle sacrée… Tout ça crée une nouvelle confusion. Mais Plumet se méfie et roule à faible allure. Et tout d’un coup quelque chose se produit. Quelque chose que je n’avais pas prévu et qui me fait bondir sur mon siège. Je vois la portière de l’auto suivie s’ouvrir, du côté du conducteur. Plumet en sort, bascule, tombe sur la chaussée où il reste inanimé ; la voiture zigzague un peu, le temps que le faux Bunks cramponne le volant… Puis, elle fait un saut en avant et se met à tracer vilain.

Eh bien, voyez-vous, bande de truffes, non, je l’avoue, je n’avais pas envisagé cette hypothèse-là. Je n’avais pas prévu que le prisonnier pourrait se barrer réellement, et avec la voiture !

Avec une voiture qui grimpe à cent cinquante comme vous avalez un verre de vin ! Alors que le tréteau de Bérurier rampe misérablement et se met à vibrer comme une greluse à qui vous faites des papouilles, lorsque vous essayez de lui faire croire que le quatre-vingts n’est pas au-dessus de ses moyens !

Je gueule des injures ! Je trépigne ! Je bave…

— On devrait s’arrêter, dit Bérurier, Plumet est blessé !

— Qu’il crève ! je gueule… Un manche pareil n’a pas le droit d’emm… plus longtemps ses concitoyens !

— Le gars lui a filé un sérieux paquet sous le menton, j’ai tout vu d’ici, affirme le gros sans se démonter… Ça lui a coupé le sifflet, c’est un truc japonais, on me l’a fait une fois ! Malheur ! J’ai cru qu’on m’enfonçait un ballon de football dans le gésier ! Il n’a eu qu’à le faire glisser de la guinde…