J’en ai tellement ras le bol que je demande un congé au Vieux, et il n’a pas le courage de me le refuser.

Je décide donc de me mettre au vert. Justement, Félicie a des cousins qui sont nabus dans l’Yonne. Or, l’Yonne est une rivière pleine de poiscaille et je ne connais rien de plus sédatif qu’une partie de pêche à la ligne…

Huit jours plus tard, me voilà donc assis sur un pliant, un galure de paille sur le dôme, une gaulanche à la pogne, regardant flotter un bouchon rouge vif…

De temps à autre, le bouchon a un frémissement. Il bougeotte, hésite à plonger, s’immobilise… Si ça n’est pas une carpe qui me chatouille l’asticot, moi, je suis l’archevêque de Canterbury !.. Cette vache-là, je ne veux pas la rater…

Toute mon attention est concentrée sur ce morceau de rouge qui exprime pour mes yeux de mammifère l’agitation des profondeurs.

— C’est une carpe, murmure une voix dans mon dos.

Je jette un bref coup d’œil en arrière. Il y a là un pêcheur, vêtu de coutil, avec sa bourriche et sa canne à pêche.

— Sûrement ! je dis…

Et je fais un saut terrible car ce type-là, je le connais. Du coup, j’oublie ma carpe…

— Pas possible, monsieur Brazine ! je m’exclame, ça pêche à la ligne, un Soviet ?