— On dirait que ça vient du hangar, énonce-t-il.
Il court à la porte de derrière de l’auberge. Je lui file le train, les précieuses mordues par les dents acérées du pressentiment.
Lorsque je ressens ça, vous pouvez décrocher le bignou et alerter les pompelards : neuf fois sur dix, c’est qu’il vient d’arriver quelque chose.
Et ce qui est arrivé, cette fois, est plutôt moche.
Ma brave Opel qui m’attendait dans la cour ressemble à une guinde sur un champ de bataille. Il en manque la moitié, le reste n’est plus qu’un tas de ferraille tordue qui flambe allégrement.
De ce tas de ferraille émergent deux jambes et un derrière… Au milieu de la cour, entre autres débris, il y a une main de femme déchiquetée, crispée sur le goulot d’une bouteille qui fut une bouteille de kirsch ; et il n’y a pas besoin d’être licencié ès lettres pour comprendre que cette main fut la main de Frida.
Je me dis qu’une fois de plus, le petit mec aux cheveux blonds qui a des ailes dans le dos, et qui m’accompagne dans toutes mes randonnées, a vachement fait son turbin.
S’il n’avait pas soufflé à l’oreille de Frida qu’une bouteille de kirsch me ferait plaisir, c’est moi qui serais le bénéficiaire de la bombe que des fumelards ont glissée dans mon bahut. Et probable qu’à cette heure, moi qui vous jacte, j’aurais les claouis dans le pommier du jardin !