— Sûr que c’est moins calme que la Forêt-Noire, je lui dis, mais vous verrez, on s’y fait très vite !

J’hésite à l’emmener chez moi. Je sais bien que Félicie n’est pas à la maison ces temps-ci, mais tout de même, je ne veux pas perdre mes bonnes habitudes d’indépendance.

— Ecoutez, Rachel, je connais une vioque qui fait le meublé. Je vais vous conduire chez elle et lui demander qu’elle vous loue une chambre, d’accord ?

— Vous êtes gentil, Jean…

Vous allez dire que pour un flic, ça n’est pas fortiche, mais je ne peux jamais m’habituer à un faux blaze… Il me semble toujours qu’on s’adresse à un autre.

La mère Tapautour, je ne sais pas si je vous ai déjà affranchis sur son compte. Elle a des studios discrets rue des Batignolles pour les couples qui ne veulent pas se faire le grand jeu au milieu des Champs-Elysées… Dans le genre vieille donneuse, on fait pas mieux. Elle a été dans le pain de fesses avant guerre, mais depuis que la mère Richard a piqué sa crise, elle a abandonné le cheptel pour se lancer dans le cinq à sept.

C’est une grosse vache qui pèse ses deux tonnes, comme la première petite baleine venue et qui n’a qu’un seul souci en ce bas monde : s’empiffrer de sucreries…

Elle m’accueille avec un bon sourire. Elle m’aime bien depuis le jour où je lui ai conservé son nez propre à la suite d’une sale affaire.

Elle me déclare qu’elle est extraordinairement d’accord pour héberger cette chère mignonne, même qu’elle va lui donner la chambre aux ibis parce que c’est la plus choucarde qu’elle ait ici !

Tandis que Rachel dépiaute son bagage, je biche la mère Tapautour par le bras.