Veitzer est un gars de quarante carats environ. Le jour où le ciné de son bled a passé Scarface il a dû se cogner toutes les séances parce qu’il paraît vachement imprégné, le gars !
Imaginez un Paul Muni blondasse et au teint rouge avec un regard peu amène et quelque chose de lourd dans toute sa personne. C’est du gangster nourri à la choucroute, ça. C’est massif comme une cheminée de son pays et ça a autant de cœur qu’une carabine à air comprimé.
Je m’assieds en face de lui en murmurant :
— Vous permettez ?
Il abaisse son journal et me foudroie du regard.
— Et alors ! grogne-t-il…
— Et alors morfille ton tas de fumier parce qu’il va refroidir, dis-je paisiblement en lui montrant ma carte.
Il louche dessus.
Mais il garde son air bougon. À part ça, il doit les avoir à la caille.
Je prends mes aises.