J’en reste baba. J’ai déjà vu des appartements perquisitionnés, mais là c’est plus de la perqui, c’est le gros vandalisme.
J’enjambe des fauteuils éventrés dont les ressorts jaillissent comme des entrailles et je fouinasse. À première vue, on pourrait croire que ce branle-bas est le boulot d’un sadique soucieux de tout pulvériser ; pourtant, en y regardant de plus près, je constate que le mec a agi scientifiquement. Il ne voulait pas briser pour briser, mais pour mettre à nu des parties secrètes. Conclusion : il cherchait quelque chose, et ce quelque chose ne devait pas être gros, puisqu’il est allé jusqu’à dévisser le socle de l’appareil téléphonique.
Pas la peine de prendre la succession du zigoto. Un attila pareil ne laisse rien à glaner.
Je regarde une dernière fois le papier de la tapisserie lacéré, les lames du parquet arrachées, les vases pulvérisés. Beau boulot !
Je quitte l’appartement.
Je freine devant la loge de la concierge. Une courte hésitation, puis je frictionne sa porte de mon poing replié.
Je tabasse comme ça une ou deux minutes. Enfin, une lumière suinte.
Une brave dame en bigoudis, qui va courageusement sur ses soixante ans, me demande si je suis saoul ou si j’ai la danse de Saint-Guy.
— Vous frappez pas ! annoncé-je.
— C’est vous qui frappez ! rétorque-t-elle.