Je pense à cet homme en me demandant s’il existe, ou bien s’il n’est que le résultat d’un concours de circonstances ?
Je m’explique : le tueur est ou un superman du meurtre, ou bien ai-je affaire à une bande organisée qui procède à un grand nettoyage ?…
Le résultat est le même, mais ceci modifierait ma façon de conduire l’enquête…
Je débouche place de l’Étoile. Il me vient une idée. Je décris une large courbe et je bigle dans mon rétro afin de voir si je suis suivi. Si une bagnole me file le train, elle est forcée de me serrer un peu, car elle ignore laquelle des nombreuses avenues je vais choisir…
Mais rien ne se manifeste… Je suis marron. Alors, je termine mon tour complet de l’Arc et j’emprunte l’avenue du Bois…
J’appuie à fond sur le champignon. C’est idéal, l’avenue du Bois, pour une pointe de vitesse ! Vous pouvez, à cette heure surtout, mettre toute la sauce jusqu’à la porte Dauphine. J’ai alors l’assurance de ne pas être suivi.
Je ralentis pour m’engager sous les frondaisons. Depuis le temps que je déambule dans le bois de Boulogne, je connais toutes les routes qui le sillonnent.
Je chope Longchamp, je passe devant son moulin à vent, je tourne à gauche pour rejoindre la Seine. À partir du moment où vous la tenez, vous pouvez refaire de la vitesse.
Mais en ce moment, la vitesse ne me tente pas. Au contraire, je vais mollo, histoire de bigler les voitures arrêtées.
C’en est plein. À l’intérieur, y a des vicelards qui se font reluire la tige par des putes. Je m’amuse à foutre les phares et, l’espace d’une seconde, j’ai la vision de deux visages effarés, aux yeux clignotants.