— Voyons, Dédé ! s’égosille la mère Riffaut.

Elle se confond en excuses éperdues et me nettoie la baveuse avec de l’eau tiède, ce qui est, paraît-il, radical.

— Ne vous tracassez pas, fais-je, c’est moi qui vous importune à des heures industrielles, comme dit un de mes collègues.

Et je dédie une furtive pensée à ce gros gland de Bérurier, qui doit faire le pied de grue devant la lourde en se demandant si je vais être démoli ou non.

Ça les met à l’aise, ces petits. Moi, franchement, je les trouve plutôt sympas. Ils n’ont rien de bandits… Ils mènent une petite vie quiète dans leur terrier. Le samedi soir, ils vont au cinéma et la concierge doit leur garder leur chiard ; le dimanche après-midi, ils vont cueillir du muguet en Vespa du côté d’Évecquemont…

— Un verre de vin ? propose Auguste.

— Chiche !

Heureux, il va au placard, en sort un verre à moutarde décoré d’une cigogne rose et le remplit jusqu’à la garde.

Nous trinquons. C’est du gros rouge d’honnête homme. Quand on est psychologue, on se base sur des détails de ce genre. Moi, je vous le dis, les aminches, lorsqu’un gnare comme Auguste s’est laissé embarquer dans un coup fourré, c’est toujours pour de l’artiche. Or un gnare comme Auguste, lorsqu’il a de l’artiche, il s’offre du picolo de choix, parce que le pinard, c’est une partie de sa raison d’être.

Quand mon glass est vide, je leur conseille de morfiller comme si je n’étais pas là, because leur morceau de vache bouilli va refroidir…