Toute ma vie j’aurai dans les narines l’abominable odeur de ce fournil sur le carreau duquel gît le cadavre carbonisé de l’aventurière et la carcasse sanglante des deux Viets.

Quand j’ouvre les châsses, je suis allongé sur la table à pétrir… Dans de la farine… Je vois les poutres grossières du plafond noirci… Mon regard est sollicité par une toile d’araignée…

— Je crois qu’il était temps, fait une voix.

Je songe : « Ça, c’est cette grosse enflure de Bérurier. »

Et c’est lui en effet.

Il penche sur moi sa grosse trogne mafflue, travaillée par le gros rouge.

— Nom de foutre, bégaie-t-il, il était vraiment temps… J’ai ouvert l’œil lorsque j’ai vu des Chinois entrer dans l’immeuble… Lorsque t’as eu balancé la clé des poucettes par la fenêtre j’ai compris que ça ne gazait pas…

« Je suis monté… Justement les potes radinaient… On a demandé à la concierge à quel appartement tu étais… Heureusement que tu lui avais posé la question sur l’étage… On a enfoncé la porte… On a trouvé la bonne… On a vite repéré la sortie de service, y avait que ça comme issue… Dis, c’est toi qui a chopé une poignée de haricots sur la table ?

— Oui…

— Bon Dieu, quelle riche idée ! On les a suivis, tu les avais semés tout le long… On est arrivés ici… Y avait juste deux types qui marnaient… On a failli partir, mais les haricots… tu comprends, ils s’arrêtaient là, à ce fournil… Alors j’ai vu que les deux hommes étaient des Chinois… Juste comme on revient, ils chauffaient le four…