L’épicier est un mec triste, en blouse grise et béret basque. Il ne s’est pas rasé depuis la chute de Berlin et il mâchonne un crayon minable. Pourtant son magasin est rupin.

Il me considère avec l’air flottant du mec qui n’est pas dans le coup, soit parce qu’il vient d’avoir un entretien avec son percepteur, soit parce qu’il s’est téléphoné un kil de rouge vite fait !

Je penche pour la seconde hypothèse.

— C’qu’ y a pour vot’ service ? s’informe-t-il.

— Je voudrais un simple renseignement. C’est bien vous qui livrez chez M. Stumer, à quelques numéros d’ici ?

— Et z’alors ?

— Et z’alors, je fais, je suis de la police…

Il est foudroyé par la carte que je lui mets sous le pif.

— Mais, mais…

— Bêlez pas, mon vieux, ça fait tout de suite transhumance ! Je veux pas vous becqueter, simplement j’ai besoin de votre précieux concours… Ils vous font entrer, les gars, lorsque vous leur portez de la came ?