Le troquet d’en bas venait d’ouvrir… Tandis que je mettais mon bahut en route et que je laissais tourner un peu le moulin histoire de le dégourdir, on est vite allés s’entuber le premier rhum-limonade de la journée. Ce qui a permis à Tatave de sortir son astuce favorite :

— En voilà un que j’appellerais Adam…

Comme je suis le bon zig qui comprend la vie et qui ne recule devant aucun sacrifice lorsqu’il s’agit du développement de l’esprit français, j’ai demandé :

— Pourquoi, Tonton ?

— Parce que c’est le premier rhum, a-t-il répondu.

Alors là, ça l’a un peu détendu ; il était moins soucieux lorsqu’on est partis. D’autant plus que j’ai offert la mienne et que le patron, pour fêter ma venue, y est allé d’une rasade supplémentaire.

Enfin on a mis les adjas. L’aube rôdaillait au bout de l’horizon. Le jour semblait attendre l’heure annoncée par le calendrier pour radiner dans le centre-ville.

Le coin de pêche n’est jamais éloigné à Lyon. Avec le Rhône et la Saône qui coulent pour ainsi dire sur l’évier, faut être plutôt vicelard pour partir loin. Le fief au Tatave, c’est dix mètres de galets à Pierre-Bénite, dans la banlieue sud.

Les premiers bus commençaient à circuler. On a quitté l’agglomération. Puis on a chopé le Rhône, et alors j’ai commencé à ne plus regretter de m’être arraché des torchons, because ça valait le coup de saveur, parole !

Un fleuve comme ça, vous pouvez toujours vadrouiller avant d’en trouver un pareil ! Le Gange à la rigueur, ou le Nil… Et encore, c’est à voir !