Je vous prie de croire qu’il doit y avoir un fameux pastis sur les routes ! Les Allemands se remuent et arrêtent même les chiens errants pour leur réclamer leurs papiers. Sincèrement, j’estime que, présentement, je n’ai pas plus de chance de m’en sortir que le type qui saute du troisième étage de la tour Eiffel avec un parapluie en guise de parachute.

Que faire ? C’est le moment de se frotter le cerveau à l’encaustique pour faire reluire les idées…

À tout hasard, j’ouvre la porte du cabinet de Martin et j’y jette un de ces regards que les romanciers qualifient de circulaires.

Il y a une blouse blanche à un portemanteau. Je pose ma veste et je la passe. Elle me gêne un peu aux entournures, mais elle me va tout de même. Il y a aussi une calotte ronde d’infirmier, je m’en coiffe : elle me va, Martin avait un gros bocal. Je m’empare d’un flacon de mercurochrome et, en trempant mon doigt dedans, je dessine une croix rouge sur la calotte et sur la manche gauche de la blouse. Puis je remets mes lunettes…

Je jette un coup d’œil dans la glace au-dessus du lavabo ; oui, je crois que ça peut aller, j’ai tout de l’infirmier.

Je m’empare d’une boîte en métal blanc sur laquelle est dessinée une croix bleue. Elle contient un nécessaire complet à pansements.

M’est avis qu’un infirmier en vadrouille ne doit surprendre personne avec tous les coups de ronflonflon qui partent des quatre coins de la ville !

En tout cas, l’heure des hésitations est passée.

Je me cale la boîte sous le moignon et je quitte la cambuse du vieux donneur. En voilà un qui a bien cherché ce qui lui est arrivé. Il répétait sans cesse qu’il buvait pour se souvenir, moi je lui ai offert une tournée qui lui a fait tout oublier.

Les rues sont animées comme un dessin de Walt Disney. Mais le motif et les personnages ne varient pas : ce sont des Allemands qui se remuent. Ils galopent à droite et à gauche, en brandissant des lampes et des pétoires. Une fameuse fantasia, je vous jure !